Comment je n’ai pas travaillé pour AMI PARIS

By samedi, avril 9, 2016 Permalink 4

Tranche de vie

J’ai rencontré AMI comme on fait les atlus belles rencontres. Par hasard. Comme on bouffe une personne du regard, avant de la manger toute entière. Et j’ai su dès lors que c’était mon genre de mode à moi, humble et flamboyante, qui ne s’observe pas. Ou pas trop. Ou du moins qui n’a pas l’air de s’autopsier constamment. Un flegme tout français, tout parisien, un je-m’en-foutisme comme un leitmotiv, mais sans l’irrévérence.

Dessin de Richard Haines représentant une des premières tenues phare du style AMI PARIS

Dessin de Richard Haines représentant une des premières tenues phare du style AMI PARIS

C’était des lignes simples, compréhensibles surtout, pour mon esprit encore trop peu aiguisé. Et j’ai tout pris dans la tronche comme une belle claque bien sonore, celle dont on devine les cinq doigts après coup, bousculant tout mon petit monde cérébral auparavant pollué par un trop-plein de pubs et d’opinions empruntées.

Et puis ensuite, c’était en 2012 et je voyais Paris pour la première fois. Ma lettre de motivation avait plu. Je l’avais écrite comme on écrit une lettre d’amour courte, pressée et nécessaire. Un haïku presque épileptique. Pour l’heure, je comptais les minutes, dans un café trivial et vide d’un matin moyen. Des nuages coulaient sur les toits anthracites, comme le ciel était bas. Je fumai deux cigarettes, pour occuper mes mains, avant et après un café qui noir et bouillant.

A 10h, j’avais le doigt sur la sonnette et j’ai pas hésité. La porte de l’appartement pivota et j’entrai, après une poignée de main urbaine, dans les locaux petits et vaguement bordéliques de la marque. On voyait tout de suite qu’il s’y passait des choses qui éclaboussaient les murs et résonnaient partout en un bourdonnement sinusoïdale et riche, et, immédiatement, j’ai voulu en faire partie. Alexandre vint me saluer comme si on avait été amis d’enfance et je ne voulais plus partir. On m’aurait tendu un balai pour nettoyer le sol que je l’aurais fait.

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Encore des illustrations de HAINES, à propos d’Ami et de son fondateur Alexandre Mattiussi

L’entretien se passa comme se passent généralement les entretiens d’embauche : entre des moments d’inconfort extrême et de brefs instants de sublime.

Quand je suis ressorti dans le jour, les livreurs avait fini de livrer, les passants commençaient de passer et je n’aurais pas su dire ce que je devais faire et où je devais aller. Alors, j’ai choisi un banc de la place des Halles sur lequel aucun pigeon ne s’était fait trop plaisir. Là, je suis resté immobile, à me faire engloutir de bon cœur par le quotidien de la Capitale, qui grouillait tout autour et n’en aurait jamais fini de grouiller. J’aimais ça.

Soudain, mon téléphone sonna et on m’annonça que c’était ok pour moi, qu’on voulait bien voir ma tête tous les jours à partir de maintenant et c’était alors, comme si tout Paris voulait bien de moi.

Seulement, dans mon enthousiasme de circonstance, j’avais oublié que c’était un stage et qu’on ne vit pas pour 500€ à Paris. Même pas un peu. Et comme je ne pouvais compter que sur moi sur ce coup-là, j’avais dû refuser. Comme à la pêche on laisse partir une prise énorme parce qu’on n’a qu’un freezer. Ou comme on refuse un coup d’un soir avec la femme la plus belle du monde parce qu’on porte des sous-vêtements moches.

AMI et son fondateur, Alexandre Mattiussi

Quelques infos

  • Alexandre Mattiussi, fondateur de la marque, a travaillé pour Marc Jacobs, Dior et Givenchy, en tant que Menswear Designer
  • Il a fait l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués Duperré
  • AMI a d’abord été lancé en 2002, mais la marque est réellement née en 2009 après s’être entouré des bonnes personnes et d’avoir su lever les fonds nécessaires, sous l’impulsion de Bertrand Stalla Bourdillon, alors CEO de Marc Jacobs et ami d’AM.
  • AMI dispose de 120 points de vente dans le monde, dont trois à Paris, un à Londres et un à Tokyo.
  • Alexandre Mattiussi a remporté le prix de l’ANDAM en 2013

ADN d’AMI

Alexandre Mattiussi aime à se décrire comme un habilleur d’hommes, de tous les hommes ou plutôt de chacun, de ceux de la rue et non de ceux des podiums. AMI, c’est du luxe certes, mais qui se veut abordable : j’ai moi-même en ma possession une chemise, un bonnet et une veste croisée bleu marine que je n’ai pas quittée de l’hiver.

Cette obsession du prix s’est traduite par un gros travail de sourcing des matières et donc de recherche du meilleur fournisseur, car la question fondatrice derrière chacun de leur produit est : « combien devrait coûter un t-shirt ? » « combien devrait coûter une veste en jean ? » etc.

Cela implique donc que certaines pièces soient confectionnées au Portugal (souliers notamment), ou en Roumanie (la partie tailoring pour laquelle les pays de l’Est ont un réel savoir-faire par exemple).

J’aime particulièrement cet esprit qui est de penser à la manière dont est fabriqué le produit, mais surtout pour qui !, afin que celui qui le porte pour la première fois ait l’impression de l’avoir toujours porté.

Si on recherche de la concurrence à AMI, on se tournera vers Editions MR, A.P.C., Oliver Spencer, Beams Plus, Acne Studios et Martin Margiela. Voilà ce qui me vient à l’esprit. Mais je dirais que la patte d’AMI est sans égale. Voici ce qui la caractérise :

Le cool et la notion d’easy wear

“I mean, I just want a nice sweater,” Mr. Mattiussi said. “I don’t want to put zippers all over it.”  / « Tout ce que je veux, c’est un beau pull, » dit M. Mattiussi. « Je ne veux pas qu’il ait des zips partout. » Alexandre MATTIUSSI interviewé en 2014 par ‘Fashion & Style’ à propos de sa nouvelle collection.

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AMI fait aussi défiler des femmes

AMI fait aussi défiler des femmes

AMI FW14 - by Kevin Tachman // Mattiussi incarne mieux que quiconque sa propre marque

AMI FW14 – by Kevin Tachman // Mattiussi incarne mieux que quiconque sa propre marque

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L’amitié, la famille et la bande de potes // valeurs fondamentales de la marque

Je ne regarde pas les défilés ou la concurrence, alors oui, chaque collection découle de conversations entre amis. Un peu comme demander à un ami ‘tu veux manger de la viande rouge ou du poulet ?’, je leur demande si ils veulent un pull rouge ou bleu. Recemment, un blouson teddy hybride en matière technique et peau lainé est le resultat direct d’une envie d’un ami. Alexandre MATTIUSSI pour les Inrocks en mars 2014

Ami dans Les Echos

Ami dans Les Echos

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Les Echos, famille et amis

Le côté créateur

Toutes les fantaisies sont permises ! La mode doit être un jeu, il faut désacraliser la symbolique autour du vêtement. Je crois que tout peut être assumé et que ce n’est qu’une question de confiance en soi. Alexandre MATTIUSSI pour Vogue, le 31 janvier 2014

Les pièces iconiques et coups de coeur de la saison

N’oublions pas qu’avec les hommes, on travaille sur le coup de coeur. Alexandre MATTIUSSI pour L’Express en 2012

Sweat AMI

Sweat AMI

Blouson Teddy Zippé

Blouson Teddy Zippé

Bomber en daim fauve

Bomber en daim fauve

T-shirt col rond

T-shirt col rond

Veste denim

Veste denim

Je m’arrête là, sinon je pourrais tout présenter.

Tout est bien sûr disponible sur l’e-shop de la marque. Je vous conseille également l’Instagram (@amiparis), toujours plein de nouveautés et de selfies d’Alexandre. N’hésitez pas à aller faire un tour dans leurs boutiques parisiennes qui sont accueillantes et joliment originales.

Le bonnet rouge est ce à quoi on reconnaît en général Alexandre Mattiussi

Le bonnet rouge est ce à quoi on reconnaît en général Alexandre Mattiussi

Allez, et portez-vous bien !

Jim

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