Interview : Le Loir en Papillon

By lundi, janvier 5, 2015 Permalink 2

JIM : Mickael François Loir, la première question qui me vient est double : à partir de quel âge avez-vous commencé à vous vêtir de cette élégante manière et de quelle façon avez-vous appris à vous affranchir du regard d’autrui ? Vous pouvez vous allonger sur le divan, je promets de ne pas facturer cette consultation.

MICKAEL FRANCOIS LOIR (MFL): J’ai toujours eu un style « à part », mais disons que je ne quitte plus mon nœud papillon ou ma cravate depuis plus de cinq ans… J’ai appris à vivre avec le regard des gens qui est, je pense, plus difficile de supporter au quotidien que de porter une cravate.

Porter pour la première fois un nœud papillon est un pas à franchir, surtout il y a cinq ans au temps où le nœud papillon était plus marginal, moins tendance qu’aujourd’hui.

Mickael François Loir par Lucie Sassiat Photographies

Mickael François Loir par Lucie Sassiat Photographies

Le tout est d’évoluer à votre aise dans la société actuelle.

Ce sont les expériences, les rencontres qui vous poussent à vous habiller de telle ou telle manière… pour ma part, c’est au contact de mes amis artistes (peintres, écrivains, illustrateurs, comédiens…) et de mes passions que j’ai construit mon style et non inversement.

Dès que j’ai eu ma première voiture ancienne à l’âge de 23 ans (une Triumph de 1969), porter un jean ne me semblait plus adapté et ne correspondait pas à l’image que je m’étais faite de l’élégance.

Aujourd’hui, j’essaye de trouver dans les vêtements que je porte, à la foi la rigueur, le souci du détail et une pointe d’originalité !

JIM : Est-ce que, selon vous, il s’opère chez les hommes un retour à l’amour du beau vêtement ? Si oui, comment cela s’exprime-t-il ? Et pensez-vous que cela dure ?

MFL : De tous temps il y eut des hommes élégants, mais il est vrai que la plupart des références sont ancrées dans la fin du XIX ou début XXème siècle.

Cela peut en partie s’expliquer par le fait que les habits portés au cours du XXème ou bien même du XIXème n’ont que partiellement évolués, dans le sens où aujourd’hui dans l’imaginaire des gens l’élégance consiste à porter un costume, une chemise, une cravate.

Les vêtements se sont adaptés à la société actuelle, qui est sans cesse en train d’essayer de gagner du temps et tend à aller vers une simplification des choses… Il est bien plus simple d’enfiler (j’utilise volontaire le terme « enfiler ») un t-shirt que de s’Habiller.

Cependant, on note un retour ne serait-ce que par l’apparition de quelques films qui donnent le ton. Pour exemple, le Gatsby de Baz Luhrmann a démocratisé une forme d’élégance. Mais est-ce pour autant un retour de certaines valeurs que traduisent les vêtements ou un retour de la belle façon ?

Dans un monde où l’uniformisation est le maître mot, le style vestimentaire peut être une forme d’échappatoire. Espérons que cela perdure et que le beau puisse prévaloir sur la marque…

JIM : Les yeux dans les yeux, vous arrive-t-il de porter un t-shirt ?

MFL : J’opte pour le t-shirt lorsque je descends dans la fosse pour faire l’entretien de mes vieilles anglaises… Pour le sport je choisis plus volontiers un polo.

En tout cas, je ne me rappelle pas de la date à laquelle j’ai acheté mon dernier t-shirt…

JIM : Comment avez-vous croisé la route d’Alban Guillemois (ndlr L’illustrateur à l’origine des imprimés des pochettes de luxe « Le Loir en Papillon ») ?

MFL : Alban Guillemois est avant tout un ami. Nous avons la passion commune du vêtement et partageons un certain art de vivre.

Alban Guillemois n’est pas le seul à avoir participé à cette aventure. Nous pourrions aussi citer et remercier Massimiliano Mocchia di Cogglioa très connu dans l’univers du dandysme et l’illustratice Eve Raspberry.

Chacun de ces artistes talentueux a un style graphique qui leur est propre, et cela se ressent dans la collection de pochettes présentée, une collection qui conserve néanmoins l’esprit de notre maison.

Je n’ai pas cherché à imposer un thème mais à montrer bel et bien leur univers…

A la vue des œuvres de mes amis, je voulais trouver un support d’expression de leur talent, mêlant l’art et le vêtement. De là sont nées ces œuvres.

Pochette numérotée DUC D'AUMALE (illustration Alban Guillemois)

Pochette numérotée DUC D’AUMALE (illustration Alban Guillemois)

JIM : Comment se passe la collaboration avec un artiste tel qu’Alban Guillemois, appliquée au monde des affaires ?

MFL : Cela se passe très bien car nous sommes avant tout très complémentaires, je lui ai fait entièrement confiance dans la réalisation des œuvres et je suis pleinement satisfait du résultat.

Alban est un artiste talentueux et j’ai été très flatté qu’il puisse collaborer à cette aventure.

Nous nous penchons actuellement sur un autre projet commun mais nous en gardons encore le secret…

JIM : Ça veut dire quoi, en 2014 (2015 à présent !), être un dandy ?

MFL : Je laisse volontiers cette interrogation aux philosophes et spécialistes car je n’ai malheureusement pas de réponse à vous apporter…

A mon sens, être un dandy est peut être ne pas se qualifier comme tel ! Il est surtout devenu un mot à la mode que l’on associe un peu à tout et n’importe quoi.

Il faut s’abstraire du dictat de la mode, des écoles, de la communication, du marketing… je dirais qu’il faut avant tout faire ce que l’on aime. Les vêtements sont juste là pour « habiller », embellir.

Bien sûr, certains détracteurs pointeront du doigt des signes qui ont été arbitrairement associés à ce terme tels que la moustache, le nœud papillon, les pantalons courts… mais associer le dandysme à cela est très réducteur, ce n’est pas juste un style vestimentaire mais surtout un art de vivre.

A ce sujet, l’ouvrage de Rose Callahan I AM DANDY dévoile différents facettes et personnages qui se cachent derrière ce mot.  

JIM : Quel est votre film préféré et pourquoi ?

MFL : Récemment, j’ai beaucoup apprécié The Best Offer. On y retrouve un homme solitaire qui a vécu de sa passion sans chercher à la faire partager… En s’ouvrant au monde et aux sentiments, il va perdre tout ce qu’il avait gagné jusqu’alors.

JIM : Un livre préféré ?

MFL : Il y en a tant !! Mais s’il faut en citer un ce sera un grand classique mais tellement d’actualité : Le Misanthrope de Molière…

Ne pas se soucier de ce que pensent les autres ou de leur regard…

JIM : Comment accordez-vous (ou n’accordez pas d’ailleurs) vos pochettes ?

MFL : Pour commencer, et avant même de penser à accorder une pochette, il est important d’en regarder la confection. En ce sens, je ne supporte pas les pochettes qui ont une piqure machine : les pochettes doivent être roulottées ! Ensuite j’opte pour deux tons dans ma tenue. S’il s’agit d’un ton peu marqué je le fais ressortir avec une pochette. Par exemple, avec un costume noir j’essaye d’avoir une pochette dans les tons rouges qui la fera ressortir du costume. Et je n’oublie pas de l’assortir avec une boutonnière pour créer un rappel.

Mickael François Loir - Crédit photo : François-Xavier Watine @WebStyleStory

Mickael François Loir –
Crédit photo : François-Xavier Watine
@WebStyleStory

On peut également assortir la teinte de la pochette avec la teinte de la cravate ou de la chemise…Mais il faut vraiment éviter de porter les mêmes motifs pour les pochettes et les cravates en même temps. Un vrai faux-pas !

JIM : Pensez-vous que les règles dans l’art sartorial doivent être transgressées, ou bien, respectez-vous rigoureusement chacune d’entre elles ?

MFL : Aussi contradictoire que cela puisse paraître, je n’aime pas les règles et aime sortir du cadre imposé… Donc oui ! On peut les transgresser ! Mais attention, avant de pouvoir transgresser des règles, il faut savoir parfaitement les maîtriser… Cela peut se révéler un exercice difficile… De plus, la règle peut être transgressée seulement dans un but esthétique.

JIM : À quoi ressemble un dimanche dandy comme vous en avez le secret ?

MFL : Une belle nappe vichy, un cabriolet anglais, et partir à la campagne à la recherche de la nature et du beau patrimoine culturel français que j’affectionne tant.

JIM : Comment vous est venue l’idée de créer vos propres créations ?

MFL : J’ai commencé par retoucher mes vêtements : cintrer mes vestes, modifier les boutons, et ensuite j’ai créé moi-même mes premières boutonnières. Je portais souvent la Vanité que j’ai créée pour la première fois il y quatre ans, et mes amis me demandaient souvent si je pouvais en confectionner pour eux…

Boutonnière La Vanité LE LOIR EN PAPILLON

Boutonnière La Vanité LE LOIR EN PAPILLON

Pour ce qui est des nœuds papillons, je ne trouvais pas mon bonheur dans le commerce : trop grand, trop seventies, trop plats, ils devaient souvent être réajustés… De plus, les motifs ou le style ne me correspondaient pas et me rappelaient les cravates « industrielles » d’aujourd’hui. Non sans une certaine hésitation, je me suis décidé à créer la maison Le Loir en Papillon en avril 2013 ! C’est une expérience superbe.

JIM : Enfin, cher Mickael François Loir, projetez-vous de développer encore davantage votre gamme de produits ?

MFL : En ce moment (interview réalisée cet été 2014…) nous lançons la collection « Les Stations Balnéaires Mythiques ». Nous avons souhaité mettre à l’honneur les stations balnéaires en créant des nœuds papillons colorés pour l’été et à leur image.

Noeud Papillon DEAUVILLE

Noeud Papillon DEAUVILLE

Nous avons également lancé de belles nappes de pique-nique confectionnées à la main dans l’atelier de la maison. Nous voulions redonner les marques de noblesse aux déjeuners sur l’herbe et parfaire un style.

Nous comptons également agrandir la collection de boutonnières et avons pour projet de lancer une marque de chemise avec des détails propres à notre maison.

Depuis ces débuts la maison a confectionné plus de 700 nœuds papillon… nous espérons franchir le 1000ème prochainement…

Voilà !

Chers amis, je ne puis que vous inviter très fortement à découvrir par vous-même Le Loir en Papillon, car ce sont vraiment des accessoires qu’il faut avoir entre les mains, afin de juger de leur qualité. Et comme acheter un produit, c’est souscrire à une certaine philosophie, je préfère donner à cette marque qui fait de l’artisanat à la française sa marque de fabrique plutôt qu’à une autre.

(À venir très bientôt : un shooting dans lequel j’ai intégré une pochette Le Loir en Papillon.)

Mes quelques coups de coeur de chez Le Loir en Papillon

Allez, et portez-vous bien !

Jim

 

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