Comment bien porter la cravate ?

By dimanche, janvier 4, 2015 Permalink 1

Ce qu’on peut en dire

CRAVATE, n.f. : « Bande d’étoffe, de forme et de tissu variables, passée sous le col de la chemise, nouée par devant et dont les deux pans verticaux et superposés pendent sur la poitrine.« 

Ma première réaction à cette définition, c’est d’enfoncer la porte ouverte suivante : c’est un accessoire dans le sens plein du terme, à savoir qu’il ne brille pas par son utilité mais existe au contraire pour ses qualités purement esthétiques.

Histoire

Ça aurait commencé au XVIIème siècle, alors qu’un régiment de croates encravatés aurait été reçu par Louis XIV en personne. C’est alors que la Cour se prend progressivement d’amour pour cette « bande d’étoffe », finalement bien plus pratique que toutes les fraises et dentelles dont on s’ornait en ce temps, juste histoire de se marrer. Je vous le donne en mille : le mot « cravate » serait issu d’une déformation du mot « croate » (essayez de prononcer « croate » comme si vous aviez abusé d’une bouteille d’alcool quelconque et vous le tenez).

Dès le début donc, c’était bien un ornement sans fonction utilitaire.

Aujourd’hui

Pourtant aujourd’hui dans certains cercles, la cravate est obligatoire, ce qui est paradoxal si l’on compte que, en matière d’habillement, on loue le pratique et boude l’artifice. Je pense bien sûr d’abord au cadre professionnel, mais également à certains restaurants dans lesquels on prête une cravate aux fous qui viennent sans, ou, en France en tout cas, pour pénétrer dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Ce que j’en tire, c’est que cet accessoire a une très forte valeur de symbole : le pouvoir, le patronnât, l’activité voire l’activisme, l’ambition et pour finir l’argent.

Une cravate bien nouée est le premier pas sérieux dans la vie. Oscar Wilde

Cependant, la cravate autour du cou, vue sous un autre angle, c’est aussi le nœud coulant vers la gorge, progressif jusqu’à la pomme d’Adam, c’est l’aveu ostentatoire de notre obligation envers le monde du travail, envers le monde de l’argent, c’est la présence à peine voilée du système capitaliste autour du cou. C’est donc aussi le symbole d’une servitude.

Alors là, ça calme.

Et c’est donc pourquoi tant de personnes préfèreraient ne pas s’y soustraire et attendent impatiemment la sortie du bureau pour pouvoir la desserrer. Enlever sa cravate serait un signe d’insoumission (quand le supérieur hiérarchique regarde ailleurs). Et ça donne des scènes de style approximatives en afterwork où elle est portée avec le premier bouton de la chemise défait. (NB : le véritable acte de rébellion serait celui qui consiste à porter un noeud papillon là où tout le monde porte la cravate, à mon sens.)

Bien conscient de cela, certaines entreprises (par exemple Dyson ou Ikea) en ont interdit le port de manière définitive. C’est le Casual Friday tout au long de l’année, le plus cool des jours de la semaine généralisé. Tout ça parce qu’on estime que, par cette absence, la créativité en est stimulée, ou du moins, qu’elle en est moins brimée.

C’est, soit dit en passant, pas loin d’être la plus grosse ineptie que j’ai jamais entendue de ma vie. Ça et la fois où on a voulu me faire croire que Cher était une femme.

L’homme derrière la cravate

Ce qu’il faut voir encore dans la cravate, c’est qu’elle est l’apanage de l’homme, de sa nature quand il se montre aux yeux du monde. On peut bien évidemment y voir un symbole phallique ou tout du moins « une flèche pointant sur notre virilité » (Glenn O’Brien dans le Guide du parfait Gentleman). C’est en tout cas ce que semble nous dire le cinéma d’Hitchcock, des réalisateurs de la Nouvelle Vague et d’une bonne partie des films d’avant les années 1990.

Rebecca, d'Alfred Hitchcock

Rebecca, d’Alfred Hitchcock

Baisers Volés, Truffaut

Baisers Volés, Truffaut

C’est le privilège de l’homme que de porter la cravate. Lui dont le style va à l’économie, sa cravate reste à peu près la seule folie qu’il peut se permettre. Et c’est là où je veux en venir : les règles de l’habillement masculin sont tellement rigides qu’il ne faut pas voir la cravate comme une obligation de plus mais aux contraire un moyen d’expression privilégié qui n’appartient qu’à l’homme et à lui seul. Pour continuer dans ce sens, je songe également à ce rituel matinal qui échoit à l’homme, de nouer sa cravate, de la choisir d’abord, d’opter pour le bon noeud. Au même titre d’ailleurs que le rasage. C’est le moment que choisissent les enfants pour observer leur père et construire autour de lui tout un aura mystique et viril qui les fascinera toujours.

La cravate est poétique car elle s’affranchit de l’utile ; elle est liberté quand elle se dégage des cadres ; elle est l’homme bien plus que ne le sera jamais une paire de Santiag.

Le noeud

  1. Pour ne pas avoir l’air d’un débutant, tâchez d’harmoniser les proportions : largeur du col de la chemise = largeur du revers de la veste = largeur du noeud de la cravate. Plus ou moins.
  2. La largeur du bout de la cravate ne devrait jamais dépasser 8 cm. À mon sens 7,5 cm est l’idéal, c’est la largeur atemporelle. Là-dessus, GQ a indiqué qu’elle ne devrait jamais dépasser la largeur de votre smartphone… Mais avec les débordements technologiques qu’on connaît récemment, ceci n’est plus tellement vrai.
  3. Motifs : celui de la cravate et celui de la chemise (si vous choisissez de les combiner) doivent-être d’échelles différentes (exemple : rayures très resserrées pour la chemise et pois espacés pour la cravate).
  4. La longueur de la cravate est primordiale : elle doit plus ou moins s’arrêter à la ceinture du pantalon. Mais c’est plutôt du bon sens en vérité. Et c’est la raison pour laquelle n’importe qui, dans la rue, pourra juger d’une cravate trop longue ou trop courte et qu’aux yeux de tous, votre tenue sera ruinée.
  5. Je pratique le noeud simple. C’est à mon sens, le seul qu’il faille vraiment connaître. Et si la cravate est trop fine, faites un deuxième tour. C’est simple la vie.
http://fashioninfographics.com/search/tie/page/5

http://fashioninfographics.com/search/tie/page/5

Sélection de cravates de Jim

Cravates dans le sens des aiguilles d'une montre : SHIBUMI, HOWARDS, VIOLA MILANO, FABLIOT et BALIBARIS

Cravates dans le sens des aiguilles d’une montre : SHIBUMI, HOWARDS, VIOLA MILANO, FABLIOT et BALIBARIS

Mes très chers, voilà ce que je voulais vous dire sur comment bien porter la cravate. Il ne tient qu’à nous d’en faire un amusement, une manière ludique de communiquer avec le monde ou, s’il s’en fiche pas mal, d’exprimer votre personnalité et votre qualité d’homme.

Allez, et portez-vous bien !

Jim

 

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