Comment avoir du style ?

By mercredi, septembre 3, 2014 Permalink 3

Comprendre le style

Comme Larousse, sur la question du style, se plaît à généraliser, il faut préciser.

Je voulais écrire cet article en commençant par tirer des parallèles. C’est pas vraiment que je sois fortiche en mathématiques, mais, je veux dire, c’est terriblement précieux de tirer des parallèles, parce que ça sert à emprisonner dans des concepts connus des concepts qui ne le sont pas et, ainsi, comprendre.

Illustration pratique : Comment expliqueriez-vous un goût, une sensation au creux du ventre à une tierce personne ? Eh bien, sans vouloir vous enlever les mots de la bouche, vous rapprocheriez sûrement ce goût, cette sensation, d’un goût ou d’une sensation connus de vous et de votre interlocuteur. Pour la comprendre. C’est-à-dire l’emprisonner dans le champ de votre expérience.

(Et c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on se rend compte avec effroi que comprendre, c’est aussi assujettir la vérité des choses à sa propre vérité relative, à sa vérité d’être-humain. Ça suit dans le fond de la classe ?)

Bon. Mais on n’est pas venu pour la philosophie, si ?, sinon y’aurait personne. Alors je m’exprime. Et comme promis, je tire un parallèle. Si y’en a que ça dérange, ils peuvent bien aller lire du Marc Lévy.

Le style (la mode) et la musique

Les ponts existant entre le style (la mode) et la musique ne sont plus à prouver. Je pense notamment à la subculture Mod, dans lequel les instigateurs de ce mouvement culturel vont manifester visuellement leurs préférences musicales (invisibles donc) par le biais du vêtement. Par des marques : Ben Sherman, Clark’s, Levi’s, Fred Perry etc. Par des types de vêtements : loafer, brogue, bomber, cravates fines etc. Par des coupes de vêtements : pantalon coupe cigarette, cols de chemises étroits, silhouette élancée etc.

Photographie issue du film Quadrophenia, avec Mark Wingett, tout à droite en veste rayée.

Photographie issue du film Quadrophenia, avec Mark Wingett, tout à droite en veste rayée.

Pour signifier l’appartenance à un groupe partageant les mêmes préférences musicales, le style vestimentaire sert d’étendard.

Pour continuer…

La musique, c’est l’art de s’exprimer au moyen de sons. De la combinaison de ces sons naîtra (peut-être) une harmonie, selon bien sûr l’effet recherché par l’artiste, ou du moins un style reconnaissable. Il existe des musiciens qui ont, dans l’expression de leur art, du style : on peut reconnaître entre mille une chanson de Serge Gainsbourg (chantée ou non par lui d’ailleurs), on reconnaîtra, plus récemment, la touche artistique d’un Matthew Dear, celle d’Angus Young du groupe mythique AC/DC.

Ce qui fait le style d’un artiste donc, au-delà de la maîtrise des règles qu’il lui faut tout d’abord maîtriser, c’est son interprétation de ces règles, la manière dont il les lit et nous les retranscrit. Certains morceaux sont lourds d’une classe certaine, d’un charisme même. Ça a à voir avec la voix, l’harmonisation des accords, la capacité à s’extraire de la masse. Y’a qu’à écouter le dernier album de Paolo Nutini. Minet pleurnichard il y a peu. Maintenant rien à voir.

Eh bien, ramené à la mode, n’est-ce pas justement cela, avoir du style ?

En musique, un accord parfait, c’est l’accord de base constitué de trois notes : la tonique, la tierce et la quinte. Ça sonne juste, on ne peut plus juste, y’a pas à dire. Mais à la longue, c’est pratiquement aussi ennuyeux que les Trois Saisons de Vivaldi sans violons. Ça revient à porter un costume gris moyen, ni trop droit ni trop cintré, avec une chemise blanche à petit col sous une cravate bleue. Du respect pur des règles ne naît pas le style.

Mais passons plutôt aux exemples concrets.

Comment avoir du style ?

En portant un accessoire, un vêtement, différemment :

Fabio Attanasio de The Bespoke Dude - voyez comme la cravate paraît bancale, nouée à la va-vite. Seulement, quand on scrute le reste de sa tenue, on se rend bien compte que tout, absolument tout, est délibéré. Cravate y compris.

LA CRAVATE. (La règle : les deux pans de la cravate doivent arriver au même endroit.) Ici le pans le plus étroit de la cravate dépasse l’autre. Voyez comme la cravate paraît bancale, nouée à la va-vite. Seulement, quand on scrute le reste de sa tenue, on se rend bien compte que tout, absolument tout, est délibéré. Cravate y compris. (Fabio Attanasio de The Bespoke Dude)

Bon après, je ne suis pas franchement pour porter une pochette qui dégouline de sa poche poitrine. C'est pour les têtes brûlées. Selon moi, cette manière de porter la pochette c'est plutôt pour gueuler qu'on a du style. Alors que le style, se doit d'être insidieux, presque imperceptible.

PORTER UNE POCHETTE QUI EXPRESSIVE. Bon après, je ne suis pas franchement pour porter une pochette qui dégouline de sa poche poitrine. C’est pour les têtes brûlées. Selon moi, cette manière de porter la pochette c’est plutôt pour gueuler qu’on a du style est assez indélicate. Alors que le style, se doit d’être insidieux, presque imperceptible.

Porter une pochette vous distingue déjà de l’immense majorité des hommes. Pas besoin d’en faire des tonnes. Une blanche, bien pliée, fait l’affaire. Tout le temps et partout.

Et alors, qu'est-ce que je disais. J'en vois un qui rigole ?

Et alors, qu’est-ce que je disais. J’en vois un qui rigole ?

Lino Ieluzzi, le directeur d'Al Bazar, un magasin bien connu de la fashion sphère, situé à Milan. La boucle supérieure est défaite. Je parie que lorsqu'il marche, un petit cliquetis métallique s'échappe de sa démarche. Il doit probablement se sentir au sortir d'un saloon. Bon.

NE PAS ATTACHER SES CHAUSSURES CONVENABLEMENT. Lino Ieluzzi, le directeur d’Al Bazar, un magasin bien connu de la fashion sphère, situé à Milan. La boucle supérieure est défaite. Je parie que lorsqu’il marche, un petit cliquetis métallique s’échappe de sa démarche. Il doit probablement se sentir au sortir d’un saloon. Bon.

Justin Doss, contributeur au GQ US, un homme à suivre. Faut trouver la bonne cravate bien fine, mais c'est pas infaisable quand même.

SE SERVIR D’UNE CRAVATE EN GUISE DE CEINTURE. Justin Doss, contributeur au GQ US, un homme à suivre. Faut trouver la bonne cravate bien fine, mais c’est pas infaisable quand même.

La petite imperfection qui donne du style.

DEFORMER SON COL DE CHEMISE. La petite imperfection qui donne du style. Quand on conduit sur une ligne droite, on réclame des virages.

En associant des couleurs réputées comme incompatibles ou en portant une couleur audacieuse :

L'un des frères Joachim qui prouve à tout le monde qu'en jouant sur les matières (par exemple) le noir et le bleu vont très bien ensemble. Et même, je vais vous dire, je trouve ça vraiment subtile.
LE BLEU ET LE NOIR. L’un des frères Joachim (bien malin qui saura me dire lequel) qui nous prouve que, en jouant sur les matières par exemple, le noir et le bleu vont très bien ensemble. Et même, je vais vous dire, je trouve ça vraiment subtile.
LE BLEU ET LE VERT. Et certains disent qu'ils ne vont pas ensemble...

LE BLEU ET LE VERT. Et certains disent qu’ils ne vont pas ensemble… Remarquez les détails verts, mais discrets, du pantalon. À imiter.

LES CHAUSSETTES. De l'audace. Vous pouvez avec les chaussettes car la fantaisie est rarement encouragée chez les hommes. C'est le moment. Bon, pas la peine de porter le pantalon si court. Mais, effectivement, une paire de chaussettes bien choisie, qui sort du lot, peut avoir un impact significatif sur autrui : vous vous affirmez, vous êtes sûr de vous, vous ne vous laisserez pas facilement faire.

LES CHAUSSETTES. De l’audace. La fantaisie est rarement encouragée chez les hommes. C’est le moment. Bon, pas la peine de porter le pantalon si court. Mais, effectivement, une paire de chaussettes bien choisie, qui sort du lot, peut avoir un impact significatif sur autrui : vous vous affirmez, vous êtes sûr de vous, vous ne vous laisserez pas facilement faire.

OSER LA COULEUR. L'harmonie de la tenue tient au rappel de couleur entre le pull, la pochette et les chaussettes et à la sobriété du reste de la tenue (le gris). J'ajouterai que la couleur de peau donne encore davantage de profondeur au rouge.

OSER LA COULEUR. L’harmonie de la tenue tient au rappel de couleur entre le pull, la pochette et les chaussettes et à la sobriété du reste de la tenue (le gris). J’ajouterai que la couleur de peau donne encore davantage de profondeur au rouge.

En portant ce que peu de gens portent :

LE CHAPEAU. Accessoire sous-estimé par bon nombre d'hommes. Et qui pourtant, amène une bonne dose de charisme, s'il est bien choisi : la tête à chapeau est pour moi une légende, à chaque tête son chapeau.

LE CHAPEAU. Accessoire sous-estimé par bon nombre d’hommes. Et qui pourtant, amène une bonne dose de charisme, s’il est bien choisi : la tête à chapeau est pour moi une légende, à chaque tête son chapeau.

LE FOULARD. L'accessoire est extrêmement bien choisi. Il donne une allure singulière et marquante.

LE FOULARD. L’accessoire est extrêmement bien choisi. Il donne une allure singulière et marquante.

UN COL DE CHEMISE DIFFERENT. Le col étant situé juste en dessous du visage, c'est impossible de ne pas le remarquer. Ainsi, choisissez un type qui vous va particulièrement et n'acheter vos chemises que munies de ce col qui sera votre symbole. (C'est bien sûr Sinatra)

UN COL DE CHEMISE ATYPIQUE. Le col étant situé juste en dessous du visage, c’est impossible de ne pas le remarquer. Ainsi, choisissez un type qui vous va particulièrement et n’acheter vos chemises que munies de ce col qui sera votre symbole. (C’est bien sûr Sinatra)

Voilà.

Le mieux est encore de vous trouver un petit gimmick que personne ne vous piquera. Un riff vestimentaire. Je laisse votre imagination en décider.

Mais attention, j’espère qu’il est bien clair dans votre esprit que si les règles doivent, à terme, être dépassées, la maîtrise de celles-ci est un impératif. Il ne s’agit pas d’enfreindre systématiquement toutes les règles. Effectivement, dans ce cas vous créerez un style, votre style et personne n’en voudra, ni ne voudra de vous d’ailleurs. La clé, c’est de réinterpréter une manière de porter un vêtement, tout en respectant les règles qui s’appliquent au reste de votre tenue.

J’en vois qui acquiescent. C’est bon signe.

Jim

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