Tee-shirts Benjamin Jezequel : interview et shooting

By jeudi, juillet 31, 2014 Permalink 2

Interview et présentation de la marque :

JIM : Hello Benjamin ! On va commencer en douceur : peux-tu nous raconter un peu ton parcours ? Tes rêves d’enfant, ton parcours scolaire et le déclic que tu as eu pour entreprendre particulièrement !

BENJAMIN JEZEQUEL : Comme la plupart des enfants, j’adorais dessiner. À côté de la maison il y avait un atelier de peinture, j’y allais le mercredi après-midi et, pendant trois heures, à côté de vieilles dames, j’apprenais à peindre des natures mortes à l’huile. Puis tout seul, j’ai appris à travailler à l’acrylique, puis au fusain, puis à l’aquarelle, presque un parcours à rebours. J’ai été reçu à l’École Boulle mais un déménagement m’a empêché d’y aller.

J’aime le beau mais je l’aime encore plus quand il est utile.

Benjamin Jezequel

À 18 ans, j’étais partagé entre plusieurs filières artistiques et je me suis dit que ce serait une bonne idée de faire une marque où je pourrais travailler à la fois dans la photo, la vidéo, le design, etc. Finalement j’ai choisi la mode pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’elle mettait en œuvre plusieurs des techniques que j’aimais (le dessin, la photo, etc), ensuite parce qu’au départ elle ne nécessitait pas de gros investissements (on pouvait commencer avec la machine à coudre familiale et quelques mètres de jersey achetés au marché Saint-Pierre), et surtout parce qu’en plus d’être un bon support pour s’exprimer, la mode est un art utile, elle produit des œuvres prêtes à être consommées, c’est de l’art industriel. J’aime le beau mais je l’aime encore plus quand il est utile.

J’ai reçu une formation de styliste, très intéressante mais un peu éloignée de la vie actuelle – j’y reviendrai – et j’ai fait des stages. D’abord chez Caraco Canezou, un atelier à qui de grandes maisons parisiennes sous-traitaient l’exécution de leurs pièces les plus compliquées ; j’ai vu là tous les métiers de la haute couture travailler à l’ancienne sur des robes de Dior, des corsets de chez Chantal Thomass et sur des matières extraordinaires, parce que Caraco réalise aussi les costumes des spectacles de la Comédie Française. J’ai compris que la mode était un monde immense (dont je n’avais encore vu qu’un petit bout) et qu’on pouvait créer toutes sortes de vêtements originaux et nouveaux à condition d’aller d’abord très loin dans leur étude de détail.

Je crois que de tous les arts pratiques, la mode est l’un des plus exigeants.

Benjamin Jezequel

J’ai fait un autre stage chez Pierre Hardy. Ce fut une expérience très intéressante parce que j’ai vu (de mes yeux encore peu expérimentés de stagiaire) comment fonctionnait concrètement une marque : la création, le marketing, la production, le lancement, la vente. Et là encore, régnait le souci de la qualité dans les moindres détails. C’était obligatoire car, quand arrivait un acheteur, il attrapait une chaussure, il la tournait dans tous les sens et la regardait sous toutes les coutures, comme on dit justement. Et s’il y avait eu un point mal fait, il l’aurait vu. Je crois que de tous les arts pratiques, la mode est l’une des plus exigeantes. Pierre Hardy m’a beaucoup impressionné, il est pour moi l’exemple même du créateur, il a sa marque mais il n’arrête pas de dessiner. Le lundi, il revenait avec les croquis qu’il avait fait pendant le weekend, des dessins de chaussures nouvelles qui ne seraient peut-être jamais créées. On avait l’impression que son inspiration était comme une rivière et que s’il s’arrêtait de dessiner il l’assècherait. C’est vrai qu’on est toujours heureux quand on dessine, en tout cas, moi, je ne suis jamais plus serein que lorsque je dessine.

JIM : Pourquoi avoir commencé cette aventure entrepreneuriale par les t-shirts ?

Créer une marque n’est rien, c’est purement administratif, ce qui compte c’est ce qu’il y a sous la marque.

Benjamin Jezequel

BJ : Pour dire la vérité, si j’avais, après mes stages, trouvé un job de styliste intéressant, je l’aurais accepté volontiers. Mais aux entretiens d’embauche on me disait toujours que je n’avais pas assez d’expérience.

J’ai commencé à fabriquer moi-même des pièces et à essayer de les vendre. Et j’ai créé une marque. Je l’ai fait à mon nom, ça me semblait plus simple et plus sincère que de chercher un nom marketé. Mais créer une marque n’est rien, c’est purement administratif, ce qui compte c’est ce qu’il y a sous la marque.

Je n’ai pas commencé d’emblée à faire des tee-shirts. D’abord, il faut savoir que dans mon école comme dans la plupart des écoles, la mode enseignée c’est surtout la mode femme. Ça s’explique parce que dans la mode femme il y a plus de vêtements, plus de matières, plus de fantaisie et de possibilités, et plus d’acheteuses aussi. J’ai été formé et programmé pour faire de la femme et j’ai donc commencé à dessiner de la femme. J’ai des cartons pleins de dessins de robes, jupes, tops.

Mais quand arrivait l’essayage du prototype sur un mannequin, certes je voyais ce qu’il fallait faire pour le corriger et l’ajuster mais je n’imaginais pas très bien ce que ressentirait vraiment la personne qui porterait le vêtement. Or, pour moi – et pour beaucoup de gens, je pense – le « ressenti » qu’on a d’un vêtement est capital : si on a un bon ressenti on l’achète. De même, pour que je me décide à fabriquer un prototype il faut que j’en ai un super ressenti, il faut que je l’aie longtemps essayé et aimé le porter. C’est pourquoi je me suis mis à dessiner des vêtements d’homme, comme si c’était pour moi, en commençant par ceux dont la fabrication nécessitait un investissement modéré : les tee-shirts. Mais je n’ai que repoussé à plus tard la mode femme, j’en ferai lorsque j’aurai davantage d’expérience.

JIM : Où vas-tu chercher cette inspiration qui te pousse à créer des t-shirts pas comme les autres ?

BJ : Pour exister, tout styliste, toute marque, doit se différencier des autres. Reste à trouver les bons moyens, les bons outils, il y en a à la portée de tout le monde, d’autres sont difficiles à manier.

Pour ma première collection de tee-shirts, j’ai commencé par faire une base, ajustée sans être trop fitée, puis j’ai recomposé l’avant du tee-shirt par un jeu de découpes verticales, horizontales, asymétriques ou pas. C’est un pur travail artistique sur la structure même du vêtement, c’est aussi ma manière à moi de traiter cette « page blanche » qui couvre la poitrine des porteurs de tee-shirts et de sweats.

Certains créateurs, pour ne pas se compliquer la tâche, y impriment leur marque ou bien un slogan, un dessin comique, une photo. Mais, dans ce cas, l’effort de création est déplacé du styliste vers le graphiste ou le photographe. Pour animer la front page des tee-shirts, je me sers, pour l’instant, de mon seul crayon et de mes ciseaux. Pour ma dernière collection de tee-shirts Vésuve et Vulcane, j’ai repris pour la face avant un jeu de découpes mais cette fois tout en courbes. J’ai affiné mes dessins à l’usine de fabrication et, avec les modélistes, nous sommes allés jusqu’aux extrêmes possibilités des machines.

Première collection Benjamin Jezequel

Première collection Benjamin Jezequel

Mon travail de coupe est donc incorporé à la structure même du vêtement, il est conceptuel. Mes vêtements se rapprochent des basiques, mais quelque part ils sont toujours originaux même si ça ne se voit pas au premier coup d’œil car je ne cherche pas à être ostentatoire.

JIM : Tes t-shirts sont surtout originaux dans le travail de structure et de matière, mais n’as-tu pas envie d’explorer des motifs ?

BJ : Je crois qu’on n’a pas épuisé les possibilités de la coupe et je compte continuer à travailler dans cette direction. Mais je m’intéresse aussi à la sérigraphie et j’étudie la manière d’utiliser les motifs. Par goût je penche pour des motifs conceptuels, abstraits, je pense à ceux de Frank Stella. Je cherche aussi le moyen d’incorporer totalement le graphisme au vêtement, soit en l’incrustant au plus profond du tissu, soit en lui faisant occuper la totalité des surfaces du vêtement.

Tee shirt VULCANE CYAN

Tee shirt VULCANE CYAN

JIM : Pour finir, as-tu comme objectif de développer ton offre à d’autres vêtements que le t-shirt ou bien est-ce ton produit phare et le seul que tu aimes ou veuilles travailler ?

BJ : Après les premiers tee-shirts, j’ai fait des sweats, je sortirai une chemise en septembre et je travaille sur un pantalon, je veux développer une vraie gamme pour homme.

La coupe de mes modèles est bien fitée, mais sans excès, le vêtement doit suivre les lignes du corps mais sans perdre les siennes. Sinon, autant acheter des combinaisons de plongée.

Pour les sweats, j’aime les matières texturées, grenues, les cotons où le grain du tissage est apparent et dessine parfois des motifs en léger relief. Par exemple, j’ai utilisé l’année dernière un tissu italien en nid d’abeille pour un sweat qui a été bien reçu. Tout prochainement, je sors un sweat et un hoodie coupés dans des cotons japonais très travaillés, très beaux. Et la chemise sera en lyocell, un nouveau tissu écologique, infroissable, lavable à 60° et surtout très beau et très agréable à porter.

JIM : Est-ce que tu te sens proche d’événements comme le salon de Pitti Uomo par exemple ou de personnalités telles qu’un Nick Wooster ? Si oui/non, pourquoi ?

Pitti 86

Pitti 86

BJ : Lieu très riche en formes et en matières, et surtout en créativité. On y voit la richesse et l’extravagance de la mode italienne et du monde entier. J’aimerais bien y participer. Et je comprends tout à fait l’influence que peut avoir quelqu’un comme Nick Wooster sur la mode.

JIM : Quelle est ta tenue fétiche l’été ? N’hésite pas à détailler !

BJ : Vu mon âge, je ne me sens pas de légitimité pour donner des conseils, aussi est-ce en toute humilité que j’y réponds.

L’été, je vais souvent dans les Caraïbes, et il faut dire que, là-bas, l’habillement y est réduit au minimum une grande partie de la journée : un débardeur, un short, des espadrilles (que j’ai apportées là-bas). Le soir, un tee, un chino et des chaussures de toile.

JIM : Ta philosophie de vie au quotidien, pour finir ?

BJ : La philosophie de la vie au quotidien, c’est de privilégier le travail, la santé et les relations sociales. Ces trois pôles se tiennent les uns aux autres.

Shooting

"Hey salut toi, bel individu !"

« Hey salut toi, bel individu ! »

Le Vestiaire de Jim Style mode fashion menswear Benjamin Jezequel

Le Jardin du Luxembourg bordelais

Le Jardin du Luxembourg bordelais

Le Vestiaire de Jim Style mode fashion menswear Benjamin Jezequel

Le Vestiaire de Jim style mode fashion menswear benjamin jezequel

Jim porte :

Tee-shirt – Benjamin Jezequel

Denim – New Standard by A.P.C.

Slip-ons – Menlook Label

Bandana – Trouvé dans l’armoire de ma mère

Chapeau invisible – Borsalino

ESHOP BENJAMIN JEZEQUEL

Jim

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